Rencontre avec un des frères Stan – Kirghizistan bébéeee

Le Kirghizistan, ça devait être un projet 2020, mais le Covid a remis ça pour 2021. Je ne me souviens plus comment le Kirghizistan est venu jusqu’à moi mais il me l’a bien rendu. Le projet était de scinder le voyage en deux et de réaliser une partie du voyage dans le Tadjikistan voisin, mais en raison d’un conflit entre les deux pays, les frontières terrestres de ce pays ont été fermées.

Côté préparation, un Petit Futé, une carte TerraQuest sur les Tian et une carte du pays (édition Reise Know How); ça permet de se repérer un peu plus facilement, ça concrétise les choses. Pour les randos, j’ai réussi à récupérer des traces GPX et j’utilise l’application OpenStreetMap, bien utile. En ce qui concerne la recherche d’informations, j’ai passé beaucoup de temps sur les blogs. Un grand merci à GTLA blog, c’est tout simplement une pépite. Ca permet d’avoir une idée des trajets, du budget, etc. Il y a aussi le blog des SerialHikers que je viens de découvrir, pas mal! Il y a aussi le site Novastan qui permet de se tenir informé de l’actualité en Asie Centrale. Et puis il y a le groupe Facebook très actif Voyager au Kirghizistan (conseils, préparation et bons plans) et un autre sur l’Asie Centrale Nomadistan – Central Asia – Silk Road – Voyages en Asie Centrale. Le Kirghizistan étant une ancienne république soviétique, ça parle russe. J’ai tenté de me mettre au russe, en autodidacte début 2021, le couvre-feu aidant, bon j’ai tenu 3 semaines.. Ca fait partie de mes ambitions 2022 d’arriver à un peu plus le baragouiner, on y croit!

Côté itinéraire, et ayant 1 mois devant moi, j’ai voulu faire une semaine vers Karakol, une semaine entre Kochkor et Naryn, une semaine vers Osh, et me laisser une semaine de gras pour les imprévues et belles rencontres ;). Je suis partie de fin août à fin septembre et j’ai été assez chanceuse sur le temps.

Côté budget, je m’en suis sortie pour moins de 800 euros pour un mois, c’est pas mal (388 euros pour mon billet d’avion avec Turkish Airlines au départ de Toulouse + environ 300 euros de cash sur place + 60 balles pour un vol interne aller retour).

Ensuite le Kirghizistan est assez sécure. J’ai passé la moitié de mon voyage solo, je me suis sentie à l’aise. Le pays en lui-même est ouf. Faut savoir sortir de sa zone de confort, avoir de bons cuissots pour se frotter aux toilettes à l’ancienne. Il faut être patient côté transport et encore je pense que ça reste soft et pas avoir un planning réglé comme une horloge suisse. Il faut se dire qu’il y a toujours une solution dans ce pays: l’appel à un ami, l’appel aux voisins, etc. même quand tu es dans un bled minuscule. Après, et c’est le jeu, en tant que touriste, on te fait un peu plus payer que les locaux. Il faut partir du principe que le prix généralement annoncé est doublé, donc la marge de négociation reste toujours possible. :). Si tu es végan, sans gluten ou que tu n’aimes pas les poivrons, ça va être complicado pour toi le Kirghizistan!

Enfin, des lectures inspirantes qui donnent la sensation d’avoir déjà un pied en Asie Centrale:

  • Les cavaliers – Joseph Kessel
  • Des monts célestes aux sables rouges – Ella Maillart
  • L’ombre de la route de la Soie – Colin Thubron

Et puis un film kirghize sur la culture kirghize, la liberté et la place que détient le cheval dans tout ça. Sublime: Centaure

Lundi 23 août 2021

Toulouse – Bichkek – Karakol

Je prends l’avion à Toulouse en fin de matinée. Le 1er vol se fait plutôt bien, le second est un peu plus long. J’arrive à 3h du matin à Bichkek et le plan est d’attendre 6h du matin afin de pouvoir choper le bus qui m’amènera à la gare centrale de l’ouest pour prendre une marshrutka pour Karakol. Je m’achète une carte SIM et je retire 5000 soms avant de réchauffer un des sièges de l’aéroport pendant quelques heures. Je me renseigne pour savoir où se trouve la station de bus. Je tente une sortie. Les chauffeurs sont agglutinés aux portes d’entrée. Les portes s’ouvrent, ils m’assaillent en criant « taxi » « taxi » « Bishkek ». C’est le chant du non, non, non, nei, nei, nei qui démarre. Je me dirige vers l’arrêt de bus et j’attends qu’il arrive. Un taxi me dit que le bus n’arrive qu’à 9h et qu’il ne passe pas par la gare routière (ouais ouais, prends moi pour un jambon en récupérant 12 balles) ? Et puis tandis qu’il s’exténue à me convaincre, voilà que le bus n°280, jaune moutarde, arrive tranquillement avec le lever du soleil. Je paie 40 soms pour rejoindre Bichkek par la voie rapide jonchée de sols pleureurs, les montagnes du parc Ala Archa dans le viseur. Une fois à la station de bus « longues distances », je prends une marshrutka pour Karakol pour 400 soms (500 avec le sac, la blague). Le soleil s’écrase sur les vitres de ce minibus au pare-brise pété. Je sens progressivement la poussière se déposer puis s’incruster sur les sièges, avant d’atterrir dans mes narines. La conduite reste la même qu’en Géorgie, ils conduisent comme des tocards. A balle dans les lignes droites, ça double dans les virages, ça freine sec à l’entrée du virage pour accélérer en milieu de virage. Ils font du 20 litres/100kms les types. Ca essaie d’aller le plus vite possible. Malgré cela, j’arrive à dormir (en ayant fait nuit blanche, facile). Je me réveille en sursaut, réveil surement lié à une accélération inopinée dans un virage. Le décor a radicalement changé, nous sommes en train de passer un col, dans des montagnes arides et où j’aperçois les neiges éternelles. Nous faisons une pause au bout de deux heures de route. Et je teste mes premiers toilettes version aire d’autoroute kirghize. Une femme est à l’entrée et nous fait payer 5 soms pour accéder aux toilettes et au papier qui est aussi doux et réconfortant pour les fesses qu’un Scotch Brit ou qu’une râpe à fromage (pire que du PQ premier prix, la vérité !) C’est rustique, minimaliste. Tu montes sur une sorte de petite estrade où t’attendent des toilettes à la turque. Et une porte qui te permet d’avoir l’illusion d’être dans l’intimité puisque si quelqu’un de pas très grand passe devant ta porte, il s’offre une vue sur ce que tu peux lui offrir de plus charmant. Nous reprenons la route, plutôt belle route, genre autoroute jusqu’à Balykchy, qui est la première ville que tu rencontres pour atteindre Issyk Kol. Après cette ville, c’est un peu plus Verdun sur la route, nids de poule, dos d’âne que le conducteur semble prendre plus pour des tremplins qu’autre chose. Il veut qu’on en ait pour notre argent et nous faire vivre des émotions ! Un peu avant 13h, nous arrivons enfin à Karakol, bourgade située à l’est du lac. Il fait chaud chaud. Je prends un taxi pour me rapprocher un peu du centre-ville. Je pense que j’aurais pu très bien mettre un pied devant l’autre mais la fatigue du trajet commence à se faire sentir.  Je m’installe dans une tchaikaina du bazar de la ville afin de découvrir pour la première fois la cuisine kirghize. Je retire le masque que j’avais gardé le long du trajet bien qu’ici le Covid ne semble pas être pris au sérieux. Il est couvert de poussière au niveau du nez. Ne parlons pas du moment où j’ai sorti un mouchoir… Je prends une ashlyanfu qui consiste à être une soupe de nouilles relevée par le bouillon avec une grasse galette à la viande et aux oignons avec un kompot (jus de fruit). C’est gras mais bon. Les gens vont et viennent. Ils ne s’attardent pas, ils sont juste là pour manger, ça va vite. Les tchaikainas de ce bazar sont assez étroites. Quelques tables et un comptoir ; la préparation des pâtes et du bouillon se faite juste à côté toujours au bazar.  Un petit lavabo est à l’entrée afin de pouvoir se laver les mains avant de passer à table. Par la suite, je verrais que dans pas mal de petits restaurants, un lavabo se situe à l’entrée.

Je sors pour trouver un guichet qui me permettrait de retirer un montant important mais le max du retrait est de 150 euros. Je trouve aussi du gaz dans un magasin de sport en vue du trek à venir. Je rejoins la Djamila guesthouse en milieu d’après-midi pour me poser et prendre une douche. Je bulle dans la chambre, je fais une sieste d’une heure, range mes affaires. Vers 19 heures, je pars au plus proche me mettre un truc sous la dent. Ce sera un resto au standing un peu européen avec un lagman et un tacos (un peu moins local pour le coup). Je rentre, petite infusion du soir. Je remarque assez vite que les kirghizes boivent du thé à toute heure de la journée, que ce soit en version chaude tchai ou en version froide genre Ice Tea (Fuse tea). Pas mal de kirghizes en transportent leur petite bouteille et sinon, il n’y a qu’à faire quelques supermarchés pour se rendre compte de la place que prend le rayon des thés glacés !

Vas-y, tu veux quelle couleur?

Dépenses du jour :

  • Carte SIM chez « O » 50 Giga : 600 soms
  • Choco, pains aux raisins à l’aéroport : 150 soms
  • Trajet aéroport – gare routière : 40 soms
  • Trajet marshrutka Bishkek – Karakol : 400 soms
  • Taxi Karakol : 70 soms (je me suis fait avoir)
  • Repas à la tchaikaina : 95 soms
  • Gaz : 380 soms
  • Resto du soir 300 soms
  • Djamila guesthouse : 1000 soms

Mardi 24 août 2021

La nuit a été réparatrice. 10 heures de sommeil, ça requinque. Je vais prendre le petit déjeuner et comprends rapidement que les deux filles installées à une autre table sont françaises. Je vais à leur rencontre et elles me proposent de les rejoindre. Allez ! Nous discutons rapidement de ce qui nous a amené à être là et je lève le camp vers 10 heures. Je suis les conseils de Zina et tente d’attraper le bus 105 ou 350. Arrive un 105, il me fait comprendre que je ne suis pas du bon côté de la route. Me voilà de l’autre côté de la route, un 350 arrive. Je lui dis « Aksu » (lieu de départ de la rando), il me dit Altyn Arashan, je dis non avant de dire oui en rando et il me dit non (je n’ai pas compris). Il me dit qu’un autre bus arrive dans 10 minutes. Effectivement, un autre 350 arrive. Entre temps, j’ai pris le soin de faire un Google Translate et hop, je monte juste à l’entrée du bus car il est blindé. Je fais le portier avec que des locaux dans le bus. Je ne sais pas combien coûte le trajet, tout le monde donne des billets différents et le chauffeur est accompagné d’un pote. Le trajet dure une bonne vingtaine de minutes et un des passagers me dit l’endroit où je dois m’arrêter (à la bifurcation entre Altyn Arashan et Ak Suu Resort). 11h30, début de la rando et le temps est assez couvert. Les 15 premières bornes sont en vallée et suivent la rivière jusqu’à Altyn Arachan. Je croise beaucoup de randonneurs en sens inverse et quelques 4×4 et camions d’une autre époque. Comment ils arrivent à passer sur cette piste… quel enfer ! Pas trop de marquage sur cette rando, j’ai dû voir deux traits de peinture jaune sur l’ensemble de la randonnée. Il y a également des bergers qui ramènent des moutons avec 4×4, chevaux et chiens.

Oui, je suis dans les arbres..

Puis je quitte la vallée pour commencer à grimper. Quelques yourtes sont en bas, pas loin de la rivière. C’est perdu comme tout et c’est vaste. Y a de l’espace, tu te marches pas dessus. Je marche à travers Keldeke Valley. Je sens le dénivelé sur les jambes et les 20 bornes (et probablement l’altitude, ça, ça viendra après) mais j’ai repéré un spot de bivouac juste avant la montée au col qui surplombe Ala Kol et ça me permettrait demain de commencer directement par un échauffement musclé des gambettes.

Avant l’arrivée au bivouac, ça grouille de marmottes grasses. Il y en a partout.

Je plante la tente, 25 bornes dans la journée, je commence à ne plus sentir mes doigts (ce n’est qu’après que je réaliserai que je suis à 3500 mètres). Lyoph et tisane pour ce soir avec une toilette expresse dans l’eau de la rivière.

Mercredi 25 août 2021

Nuit en pointillés. J’ai eu froid en fait. Le soleil a commencé à taper sur la tente vers 7h du mat’ ou j’ai réussi à me rendormir jusqu’à 8h30. Je décolle à 10 heures. Ca grimpe et il n’y a plus de végétation. Ca grimpe. Devant moi, la bande de copains qui n’était pas trop loin de ma tente. Ce sont des russes. Je fais une pause au pied du col. C’est archi raide. Allez ça démarre, c’est vraiment raide mais c’est le chemin.  L’ascension est très énergivore. Je fais des pauses et puis j’enchaine quelques mètres avant de souffler un peu. Je suis hyper vigilante sur mes appuis. Si tu glisses ben tu tombes tout en bas. Arrivée en haut, non sans peine, je me questionne sur la façon dont les gens en bas ont réussi à grimper, sans bâtons, et sans chaussures de rando. D’en haut, la vue est dingue. Une étendue bleue turquoise dans un écrin de montagnes. Elle se mérite cette vue sur le Ala Kul.

La montée tendax du col

Je mange un petit truc avant de redescendre. Le temps est moyen. Je croise quelques porteurs.  Je me fais le plaisir de descendre au pied du lac pour manger quelques tranches de saucisson moyennes. Je suis quand même un peu vaseuse et puis quelques gouttes tombent. Je remballe. Il faut remonter c’te côte dont je me serai bien passée et je retrouve le sentier. Et puis ça sera de la grêle, et de la neige, d’abord petits flocons puis rapidement gros flocons. Je croise une famille avec deux gamins, ils semblent frigorifiés, ils n’ont même pas de gants et la randonnée est quand même corsée. Presque instantanément le décor change, le décor se pare de blanc. Et puis… le tonnerre… purée, ça a un effet direct sur mon allure. Je ne suis pas sereine DU TOUT. La neige a recouvert cailloux et sentier. Petit moment de stress où je ne retrouve plus le chemin, je m’engouffre entre deux cailloux avant de rapidement me rendre compte que je risque plus de rouler jusqu’au lac que de véritablement randonner. Je vois le chemin plus bas et je comprends que je suis allée un peu trop haut à travers les cailloux.

Ca gronde toujours, j’arrive au bout du lac et entame enfin la descente. Je me dis qu’en descente, j’ai moins de chance de me prendre un éclair sur la figure. Le sentier reste praticable. Et puis d’un coup, pouf, le mauvais temps s’arrête.

La descente est très longue et je sens que la forme n’est pas tout à fait encore là. Je suis la rivière Karakol qui vient rejoindre la vallée. Je croise pas mal de groupes qui montent à des camps et des porteurs.

J’arrive à la fin de la forêt qui débouche sur une plage et une rivière qui grouille et qui a grossi depuis le matin sûrement. Un paysan est en train de faire traverser un couple à cheval. Du coup, pas le choix, je me vois obliger de payer une coquette somme à ce cavalier qui s’est fait du blé tout l’été pour faire traverser les touristes et faire par la même occasion mon baptême du feu avec le cheval. Assez impressionnant de monter, j’ai 4 ans dans ma tête et je fais un truc dingue. J’ai toujours trouvé des excuses en France pour éluder la question de monter à cheval. Cet animal m’impressionne et j’avoue avoir un peu les chocottes aussi. Et je comprends que c’est ici que le pont s’est effondré après de fortes inondations les semaines précédentes, ce fameux pont dont tout le monde parle sur le groupe Facebook dédié au Kirghizistan, aaaaah mais c’est-là ! Je poursuis, le soleil décline. Deux bornes, quelque chose comme ça avant de trouver un spot de bivouac assez féérique où un troupeau de chevaux broute au milieu des conifères. Je ne suis toujours pas au top de ma forme. Nausées, vomissement et pas d’appétit (c’est que ça ne va vraiment pas). J’ai du mal à déterminer si c’est le saucisson qui suinte depuis deux ou trois jours dans le sac au goût pas franchement exceptionnel, l’altitude, ou un peu de tout cumulé.

Jeudi 26 août 2021

Malgré le fait d’avoir été entourée de chevaux une partie de la nuit, celle-ci a été encore moins réparatrice que la veille. Aujourd’hui, je devais poursuivre ma randonnée et faire le Teleti pass et suivre la rivière éponyme pour basculer dans l’autre vallée (Atdzhaylau Valley pour ceux qui voulaient vraiment savoir). C’est au cours de la nuit que je décide d’écourter le trek vu mon état de santé plutôt incertain. Je me sens faiblarde. Et ça tombe bien car je ne suis pas loin de l’intersection avec le tracé qui me fera redescendre sur Karakol. Ça m’évitera une journée à 1300 de D+, chargée, avec un col à plus de 3000.

La fameuse légende du pont pété!
En direction de Karakol

Je démarre à 10h. Toujours aussi nauséeuse et un appétit proche du néant. Mais le point positif c’est que je sais que c’est une journée où ce sera seulement de la descente, une longue, très longue descente pour parvenir à la banlieue de Karakol. Zéro difficultés. La descente tient ses promesses, c’est très long, un peu pénible sur la fin. Le sentier est en réalité une piste qui suit la rivière jusqu’en vallée avec deux passages à gué. Je croise une ou deux jeep qui s’aventurent à rejoindre le plateau. Je croise aussi des porteurs attifés comme s’ils partaient à la plage, des hollandais en claquettes-chaussettes, équipement minimal mais toujours la théière accrochée à un bout du sac.

A la sortie du parc, le gardien m’interpelle afin que je règle mon droit d’entrée. Il est indiqué 250 soms par jour pour les touristes et je comprends qu’il veut me faire payer 100 soms. Chelou, d’ordinaire, en tant que touriste, tu te fais quand même toujours un peu entuber… Donc je lui dis que je crois que c’est bien 250 soms. Il appelle au téléphone un homme qui parle anglais. Il me sort une explication approximative, je ne comprends toujours pas et je me dis « bon, si c’est 100 soms, c’est 100 soms, ne va pas chercher plus loin meuf. ». Je marche interminablement le long de la route interminable, ligne droite. Je scrute un bus, un truc. Je fais un signe pour qu’il s’arrête. J’essaie de comprendre comment fonctionne les prix et combien est censé me couter la course. 15-20 minutes de bus plus tard, je remets 20 soms au chauffeur, l’air de rien, comme si j’étais hyper habituée de prendre le bus à Karakol. Il me rend la monnaie ! Je la lui laisse. Dans ma tête, c’est une petite victoire. Je fonce au supermarché acheter du Coca et de l’eau gazeuse. Et je m’affale devant l’entrée, comme une clocharde avant de savoir où dormir ce soir. Plusieurs passants m’ont regardé un peu bizarrement. Je constaterai et comprendrai plus tard que personne ne s’assoit par terre, les gens sont toujours accroupis. Je rejoins la Djamila guesthouse et prends une douche bienvenue.

Je fais sécher ma tente et je regarde comment planifier mes prochains jours. Je me force un peu à sortir pour aller manger un lagman.

Dépenses du jour

  • Bus pour rejoindre Karakol city center : 20 soms
  • Courses (coca/eau) : 54 soms
  • Lagman : 220 soms
  • Coca by night : 30 soms

Vendredi 27 août 2021

Mon tendon droit tire sacrément purée… J’aurais dû faire une première journée de rando encore plus chargé et plus longue, quelle nouille… Je vais essayer de bien poser le pied au sol. Je prends le temps de petit-déjeuner tranquillement tandis qu’un groupe de polonais s’affaire pour un départ imminent vers je-ne-sais-où.

Une fois mon petit-déjeuner avalé, sans encore trop d’appétit, je passe au pliage de la tente et à la réalisation d’une machine. Et puis, en lavant une paire de chaussettes, et ayant une bonne mémoire visuelle et en faisant le jeu des sept différences… tiens, tiens, tiens… mes chaussures de rando ne sont plus à leur endroit. Pas de chaussures et des polonais partis. Je fais assez rapidement le lien. Et je me dis que même si j’ai mal au tendon, je risque quand même d’avoir besoin de mes pompes de randonnée pour les trois prochaines semaines. J’interpelle la femme de ménage pour lui faire part de la petite erreur que les polonais ont dû faire. Incompréhension entre guides et finalement au bout d’une demi-heure, mes chaussures reviennent à bon port. Je bulle, je bulle, ça reste un peu compliqué pour marcher. Vers 14 heures, je me décide à aller en ville pour déjeuner. Je déambule, prends la poussière. Les kirghizes, et j’imagine que les peuples d’Asie Centrale, boivent du thé, mais tout le temps. Du thé chaud tchai comme je le constaterai jusqu’à la fin du voyage, mais également du thé froid, le fameux FruseTea, qui te prend la quasi intégralité de la place au rayon sodas. Les autochtones se baladent, bouteille à la main. Et je me fais la même remarque lors des trajets en marshrutka. Je prends un shawarma énorme pour 100 soms, il me fera deux repas.  J’erre dans le bazar en faisant un croc par-ci, un croc par-là. Dehors, quelques camionnettes remplies de pastèques.

Je bouquine un peu dans un parc et je contemple des gamins qui jouent. Je retourne à la guesthouse, poursuis la lecture sur une balancelle. Zina, la propriétaire de la guesthouse reçoit des invités ce soir et le lot d’enfants en bas-âge qui va avec, 3 en l’occurrence. Ils s’approchent. Un d’entre eux, une fillette, pas timide pour un sou, vient s’assoir juste à côté de moi. Je pose mon livre. Les deux autres gamins prennent place sur ma droite. Je sors le seul truc que j’ai retenu de mes deux/trois jours « Ménia zavout Nelly » (de la phonétique, entendons-nous bien). La fillette me répond. Sur les trois prénoms, je comprendrais Yasmina et puis ça passe à la question de l’âge. Lorsque j’ai voulu faire 32 avec mes mains et mes doigts ça a été un peu plus long que de plier le pouce pour signifier un quatre ans. Puis ils s’en vont et j’entendrais une des filles dire une sorte de « nananinenère » à un des deux autres. Je souris.

Zina m’avait annoncé que deux françaises devaient arriver ce soir à la guesthouse. Je vois les deux filles et j’en déduis que se sont elles. Le soir, j’interpelle l’une d’entre elle. C’est Marie, 30 ans. Je commence à discuter avec elle. Elle a fait le trek avec sa copine de voyage, sur 5 jours, qui d’ailleurs nous rejoint. J’apprendrais plus tard que les filles étaient en froid et que j’ai mis les pieds dans le plat en leur proposant qu’on aille ensemble voir le marché aux bêtes le lendemain à Karakol …

Dépenses du jour :

  • Deux nuits à la Djamila guesthouse (chambre solo et douche commune) : 1600 soms. Le contact de Zina (parle très bien français et très chouette femme) : +996 555 208 282

Samedi 28 août 2021

Départ le matin aux alentours de 07h30 avec Aurélise (la copine de voyage de Marie) pour aller faire un tour aux marché aux bestiaux de Karakol. Au final, je suis presque contente d’avoir dû écourter mon trek, ça me permet d’assister à cela. Le temps est gris, il s’est arrêté de pleuvoir. Le tacos nous dépose à l’entrée du marché. Difficile de se frayer un chemin entre les brebis, les moutons tenus par une corde ou par la main d’un homme ou d’un gamin. Le lieu est très masculin. Il y a quand même des enfants et des ados. La circulation est très dense. Tout le monde est en ébullition, ça se passe des billets de la main à la main, ça fait des affaires. Ça aurait été une mauvaise idée de prendre les claquettes : une fois sur deux, tu marches sur de la crotte. Certains acheteurs ou vendeurs se saluent. Nous nous faufilons à travers les moutons à queue grasse, les chèvres, les vachettes.

Le marché est divisé en secteurs, en fonction des animaux.  Les chevaux sont au fond du marché. Je reste scotchée devant deux hommes qui essaient des chevaux. Ils s’affrontent et poussent les chevaux au contact. Chacun lance un cri. Ça donne l’impression que les chevaux sont essayés pour le kok-boru, le sport national.

Un peu plus loin, à l’écart, j’observe le travail des maréchaux-ferrants. Les propriétaires équins patientent pour faire ferrer leur cheval. Le cheval est bloqué à l’intérieur d’une ossature en métal. Il est immobilisé par deux hommes qui lèvent successivement les pattes, pour les replier et les caler contre une poutre de bois. Le cheval est tendu, il se débat. Le travail est très rapide, presque mécanique. Les maréchaux-ferrants retirent tout ce qu’il y a à l’intérieur du sabot et puis ils raclent avec une sorte de raclette avant de trouver le fer adéquat afin de le clouer au cheval et racler à nouveau le pourtour du fer.

Nous errons avant de décider de rentrer à la guesthouse. Un homme nous propose de monter dans son 4×4 et nous ramener en centre-ville, à proximité de la guesthouse. Il est venu spécialement de Bishkek pour le marché. Je récupère mes affaires à la Djamila Guesthouse avant de rejoindre la station-service où sont garées les marshrutkas qui filent le long du lac Issik Kol – direction Balykchy avec un stop pour faire un tour au Skazka canyon. Je décolle de Karakol vers 11h30. Le trajet dure 2 heures pour atteindre le site du Skazka canyon. L’arrivée au canyon se fait par une petite marche en plein soleil. Je crapahute sur les rochers, je me laisse porter et je m’assois et contemple le lac. Il fait très beau et c’est presque silencieux. Fini le bruit interminable des rivières nourries de l’eau des montagnes. Ici, l’eau est d’huile.

Rive sud Issyk Kul
Mon spot de stop

En ce moment, je me questionne beaucoup sur ma vie sentimentale, en voyageant seule, on se retrouve face à toutes les interrogations qu’on planque sous le tapis dans notre quotidien. Ce voyage reste tout de même un micro introspection ;). Je tente de détricoter tous les fils dans ma tête, tenter de les démêler, pour faire une boule, la jeter et la rattraper ensuite. Je me réécrits des histoires, des récits, émets des hypothèses. Je m’extraie de ma rêverie pour rejoindre la route. Je tente le stop, échec cuisaaaaaant, il y a que la marshrutka qui s’arrête. Le siège de devant sera occupé par Hugo, qu’on recroisera quelques jours plus tard. Mais pour l’instant, il ne parle pas beaucoup. Le plan est de rejoindre Marie qui m’attend à l’arrêt de bus à Tong. J’ai pas les claquettes aux pieds. Je suis contente de la retrouver. On prend un tacos pour rejoindre le camp de yourte. On passe par des pistes ultra tendues. Je ne la mène pas large. Le mec se retourne pour discuter (il tourne carrément la tête) alors que le moindre écart pour fait basculer dans un petit vide quand même. Le camp est vraiment chouette, l’ambiance est apaisante, à proximité du lac Issyk Kol. Nous prenons le repas avec la famille, et les hôtes et nous chanterons un joyeux anniversaire à un petit garçon de sept ans. Avec Marie, nous faisons un peu plus connaissance.

Dépenses du jour :

  • Taxi : 60 soms
  • Taxi : 120 soms à deux pour aller au marché de Karakol
  • Entrée Skazka Canyon : 50 soms
  • Marshrutka Karakol – Bokonbaevo : 150 soms
  • Taxi pour rejoindre le Sonyurt Camp : 250 soms
  • Nuit au Sonyurt Camp + diner + petit déj :1200 soms

Dimanche 29 août 2021

Après un gargantuesque petit-déjeuner où on aura un supplément crêpes, nous chillons et rejoignons la plage. L’eau est hyper bonne. On se baigne dans le plus grand lac du Kirghizistan, à 1600 mètres d’altitude avec les montagnes du côté de Chopon-Ata en toile de fond, c’est dingue ! Nous partons vers 13h de Tong. Nous prenons une marshrutka jusqu’à Balykchy (1h15 de trajet). On se prend la pluie. Dans le bus, une grand-mère a un de ces immondes gâteaux plein de crème qui empestent l’insipidité. Il tombe, une ou deux fois et ne ressemble plus à un gâteau digne de ce nom. Et puis un gamin à côté, à force de manger des chips, gerbe sur la robe d’une passagère. Ça sentira le vomi jusqu’à la fin du trajet. Puis un taxi jusqu’à Kochkor car il n’y a pas de marshrutka pour rejoindre ces deux villes (1h10 de trajet). L’arrivée à Kochkor se fait sous la flotte. On se ballade, la ville n’est pas charmante du tout. On fait un tour rapide au CBT avant que Marie dégote une guesthouse en centre-ville (Central guest house). La fille parle un peu anglais.

Kochkor

Petit apéro avec Marie, on parle de tout et de rien. Le feeling passe bien, chouette ! On sort et je vais manger mes premiers mantys (semblables aux kinkalis géorgiens) au bar/resto à côté de l’Azemat café.

Dépenses du jour :

  • Trajet Bokobayevo-Balykchy : pas grand-chose
  • Trajet Balykchy-Kochkor : 200 soms
  • Nuit Central guesthouse avec petit déj (des crêpes aussi bonnes qu’en France tiens !) : 600 soms
  • Repas du soir : 270 soms

Mardi 31 aout 2021

Indépendance Day, sans Will Smith mais avec tous les habitants de Kochkor !

Bon aujourd’hui, grand jour dans le cœur des kirghizes, 30 ans qu’il sont libres et ne sont plus sous le joug russe (vraiment ? C’est une autre histoire ;)). Une parade est prévue vers 9h dans l’avenue principale. Les habitants s’affairent et sont sur leur 31. La très grande majorité des femmes sont en jupe de tailleur noire ou bleue foncée, chemisier blanc, collant couleur chair et chaussures noires avec des talons larges. Les hommes, quant à eux sont en costard et beaucoup portent le kalpak, chapeau traditionnel des hommes kirghizes, du moins les plus âgés. Une femme semble coordonner tous les sous-groupes de la parade. Les habitants qui paradent arborent drapeau national et ballons. Nous émettons l’hypothèse avec Marie que ce sont les différents corps de métier qui défilent, en commençant par les fonctions régaliennes.

La patronne en bleu clair

Pas très loin, de l’autre côté de la route, le speaker comble le temps avant le top départ. Ici, aussi, pas d’estrade, mais une remorque de camion surélevée où se trouve flanquées une table et des chaises. C’est kitsh à mooooort !

Le nec plus ultra des estrades

Aux alentours de 10 heures, on comprend que ça commence. Ça défile rapidement, les gestes sont approximatifs, ça manque de finesse, de rigueur, c’est pas très joli. Les badauds ne semblent pas hyper enthousiastes et ça fait presque regretter 10 secondes de défilé du 14 juillet sur l’écran de télévision ! La procession se termine une heure après. On décide d’aller boire un truc au Retro Coffee Bar. On prend un café, puis une boisson, puis le repas du midi. Pas loin de nous, un couple de français avec deux guides kirghizes qui parlent un français impeccable. On discute rapidement avec eux, le mec a tout organisé et la nana adopte un air blasé, nonchalant : punaise t’es en vacances dans un endroit plutôt stylé et un peu original quand même, profites !

Entre temps, Paul arrive. Paul, c’est un Autrichien qui habite à Berlin et qui fait de la musique. On discute là aussi rapidement et on lui donne le nom de notre guesthouse s’il veut venir boire un verre.

Nous allons faire un tour à la coopérative des femmes de Kochkor où on peut trouver pas mal d’objet d’artisanat. Mon regard bloque sur une pièce en feutre qui ressemble à une poupée russe. C’est en réalité une pièce qui permet de tenir au chaud une théière et donc le thé. Ensuite, je fais une ballade jusqu’au village d’à côté, le long de la route. Marie ne se sent pas spécialement en forme. La ballade n’est pas du tout attrayante puisque je longe la route qui mène à ce village du bout du Kirghizistan. Mais que ce soit devant ou bien en tournant la tête, le panorama est saisissant. Derrière, il y a toute la chaine de montagnes et devant, des collines rouges, arides.

Des enfants sont sur des vélos, un peu grands pour eux, amusés de me voir ; notamment un avec un pull rouge qui, dès que je lui fais un coucou, sourit, fossettes saillantes, tourne la tête pour m’éviter avant de me regarder à nouveau. Deux femmes sont assises sur une sorte de buse en béton. Nous essayons d’échanger mais la barrière du langage est bien présente. Je sors mon téléphone pour leur demander si elles sont bergères. Je me demande si c’était une insulte parce que elles ont rebondi directement en disant « non non non ». Ok, ok meufs, vous n’êtes pas bergères ! Je regagne la guesthouse en fin d’après-midi. Marie va mieux. On prend l’apéro et on papote. Entre temps, Jennifer nous rejoint. Jennifer a pas mal bourlinguée et a fait la Mongolie depuis la France en stop, rien qu’ça ! Elle va faire le trek à cheval avec nous. Soudain, ça sonne à la guesthouse. C’est Paul. Il est à une autre guesthouse et nous propose d’aller voir un concert qui se tient ce soir dans le parc pour la fête de l’Indépendance. Nous mangeons une pizza et nous nous dirigeons vers le parc. Le concert se déroule sur le parvis d’un bâtiment aux traits à la mode ex-URSS. Le kitsh est à son apothéose. Des chanteuses, on ne sait pas si ce sont des personnes lambda, des personnes de l’école de musique du coin, des stars locales, chantent et font à la fois du playback. Toute la ville est rassemblée, petits et grands. Quelques gamins dansent un peu à côté. Un feu d’artifice est tiré en plein milieu du concert par deux personnes qui sont montées sur le toit du bâtiment. Il y a des fils électriques et nous sommes quand même juste 15 mètres dessous. Ils n’ont pas peur ces kirghizes ! Tout est complètement normal. Paul se fait alpaguer par des locaux qui le taquinent sur le fait qu’il soit accompagnée de 3 nanas. Et par la même, on se fait gentiment emmerder par ces mêmes locaux. A la suite de cet intermède festif, les chanteurs se succèdent. Les festivités se terminent par un discours de clôture du maire (c’est ce qu’on se dit) et 22h, extinction des feux et chacun regagne ses pénates.  Paul nous raccompagne à la guesthouse. Ça a été une très chouette soirée.

Dépenses du jour :

  • Boissons et repas du midi au Resto Coffee Bar : 500 soms
  • Pizza du soir dans un cadre plutôt occidental : 320 soms

Mercredi 1 septembre 2021

On doit rejoindre le petit village de Kyzart aux alentours de midi. La voiture est blindée. Nous avons 2 heures de trajet à travers une route cahoteuse et toujours une voiture au pare-brise pété. Mais une route où tout semble infini, tout semble immense, plein de grandeur. La poussière se colle aux vitres. Nous faisons la route avec Hugo, le français qui était sur la banquette avant dans la marshrutka au Skazka canyon.

Nous rejoignons Timur, notre guide pour les trois prochains jours que nous avons contacté via le blog GTLA. Nous arrivons dans la maison de sa famille. La maison est vivante. Les générations sont mélangées et tout le monde s’affaire. Nous prenons le déjeuner dans la salle à manger, embaumée d’une odeur de chèvre. La pièce est chargée, impression qui est peut-être donnée par les rideaux clairs tirés. La table en plein milieu, prend la quasi intégralité de l’espace. La maison est assez moderne pour une maison de village. Il y a une salle de bains avec toilettes, même si la chasse d’eau ne fonctionne pas et qu’il faut verser une casserole d’eau dans la cuvette des toilettes pour que le paquet déposé navigue vers d’autres cieux.

Début d’après-midi, nous prenons le départ à cheval. Le temps est enchanteur. Nous sommes au milieu d’herbes rugueuses. En contrebas, les paysans ramassent le foin avec des faucilles. C’est d’un vert brillant, vif.

En bas, les paysans travaillent le foin
J’ai plus le style qu’en vélo!

Nous nous rapprochons des montagnes. J’ai du mal à croire que je suis ici, à cheval, en plein milieu du Kirghizstan. Je fais mes premières armes montées sur mon destrier qui est calme, comme s’il comprenait. Le trot est chaotique, je ne suis pas du tout synchronisée, ça tape énormément et je peine à trouver un rythme et je n’ai plus du tout d’équilibre sur le cheval. Les filles se marrent et je me marre aussi, il faut bien le dire. Je ne suis pas du tout dans mon élément. Nous nous arrêtons à Kilemche, au milieu de rien. Je ne sais pas si on peut appeler ça un hameau. Nous retrouvons Hugo, sans casque, avec son sac sur le dos. Sur prenons place autour de la table, assis sur des tapis, futons. Nous avons pris un goûter de roi avec un pain exceptionnel. Je remarque que le geste de rompre le pain est omniprésent. Le partage. C’est un geste fort. Le soir, nous mangeons du plov, on discute. J’ai l’impression qu’Hugo est un consommateur de voyages plus qu’un jeune qui profite du voyage présentement.

salle de bain avec vue

Dépenses :

  • Taxi partagé Kochkor – Kyzart : 500 soms/personne

Jeudi 2 septembre 2021

Après le petit-déjeuner, nous sommes prêts à chevaucher nos montures. Il fait beau, je me sens bien dans mes pompes, mieux qu’au début du périple et le fait d’être avec Marie et Jennifer y est pour beaucoup je pense.

Song Kul, c’est en bas!

Les paysages sont dingues, et l’expérience de monter à cheval aussi. Je crois que c’est ce jour-là ou peut-être la veille que je vis mon premier galop. Le cheval de Marie, ou celui de Jennifer (je ne me souviens plus), commence à trottiner, et à trottiner encore plus fort. Le cheval que je monte suit le rythme et tous les chevaux passent du trot au galop. C’est ouf. Les sabots tapent forts sur la steppe, le rythme du cheval est mon métronome, je me sens faire corps avec lui, en pleine symbiose, à aller dans la même direction, à prendre de la vitesse avec le bruit du galop qui résonne dans mes oreilles, puis progressivement, le rythme se calme. Nous franchissons le col. Nous randonnons avec Hugo. Nous avons le lac Song Kul en point de mire, devant nous. Tout une chiée de yourtes, de chevaux, juments, poulains, gamins, etc. sont éparpillés autour du lac. C’est aux abords du Song Kul que nos chemins se séparent avec Hugo. Nous pensions le revoir plus tard, mais nous ne le recroiserons pas. Nous arrivons en début d’après-midi à la yourte des parents de Timur. Il y a quatre yourtes, une qui fait office de cuisine, une qui sert de salle à manger. Les deux dernières yourtes servent de dortoir. Le panorama est dingue, dingue, dingue. Nous mangeons aux alentours de 15 heures un ourdac. Nous bullons tout l’après-midi. Je me pose en bord de lac, bien emmitouflée pour bouquiner. Allongée, presque somnolente, je remarque au bout d’une bonne demi-heure un cheval à proximité, curieux.

360 à Song Kul

Je crois qu’il ne comprend pas trop ce que je suis, ni ce que je fais. Et puis arrive un guide avec un français (encore !), c’est Kévin, Kéké Asiat, Hot Kim comme on l’appelera en fin de soirée. Il est d’origine cambodgienne et est hyper solaire. C’est le début de son année de césure. Il part vers l’Asie. Nous improvisons quelques passes de volley avec Timur, son petit frère Bollot, et le guide de Kévin. Nous sommes invités à prendre le goûter dans la yourte qui fait office de cuisine. La yourte est chaleureuse, vivante. Les provisions sont accrochées sur le pourtour de la yourte. Une grande table au milieu. Des ustensiles de cuisine, des grands récipients pour faire à manger pour toute une famille. Et à la droite de l’entrée dans la yourte, il y a une espèce de barrique en bois dans laquelle il y a du lait en train de fermenter, le kumiss. Une pale en bois avec un système de corde permet de tourner le kumiss régulièrement. La mère de Timur est en train de préparer du pain frit. Ça me fait penser aux merveilles que prépare ma maman, le sucre glace en moins. Nous prenons un pain frit entier chacun, à tremper dans la crème. Nous nous faisons passer aussi un petit bol remplit de kumiss, outch, c’est aigre, je ne vais pas me resservir. Nous prenons le repas pas très longtemps après. La maman de Timur nous sert un bord au fond duquel il y a une plaque de pate faite tout à l’heure avec un bouillon. Nous avons à côté une salade et un autre pain frit. On ne fait que bouffer. A la suite du repas, nous jouons aux cartes, flanqués par terre en écoutant de la musique. Dehors, il fait froid. Nous finissons la soirée à 22 heures.

Vendredi 3 septembre 2021

Troisième et dernier jour du trek à cheval. Nous passons cette dernière journée avec Kévin. On rigole. Nous remontons le col et les garçons font quelques acrobaties à cheval. Kévin essaie et il s’en sort bien !

Je suis un peu tendue. Nous sommes à flanc de colline. J’essaie de me persuader que le cheval connait le terrain et qu’il n’a pas envie, lui non plus, de basculer en contre bas et qu’il ne va pas faire de mauvaises blagues. Je l’encourage en me disant que peut être qu’il sera sympa avec moi. Nous entamons la descente pour rejoindre Kyzart. Chaud. Je me mets le plus à l’arrière possible. Le cheval avance pas à pas, en se laissant enfoncer dans les cailloux, prudemment. Je suis tenduuue, crispée. Mon cheval s’arrête tout le temps pour brouter l’herbe et je n’ai aucune autorité sur ce canasson, je subis totalement.

Nous passons les quelques épingles, les unes après les autres pour finalement parvenir à un semblant de vallée. Nous faisons à nouveau du galop et nous regagnons un chemin bordé d’anciens cimetières. Nous rejoignons la maison de l’oncle de Timur où nous prendrons le déjeuner.

Nous devons retourner à Kochkor. Le guide de Kévin qui y aller aussi et propose de nous amener. Nous ne savons pas s’il va nous faire payer et nous ne posons pas la question. Jennifer le suggère pourtant. Kévin, lui, force tranquille et pas pressé, va tenter le stop. Musique et poussière dans la voiture, le paysage semble défiler à une vitesse incroyable alors que nous devons être à moins de 60km/h. Nous arrivons à Kochkor et Timur nous annonce que c’est 30 000 soms pour le trajet, soit 10000 soms chacune (une somme assez rondelette pour le Kirghizistan), soit deux fois plus cher qu’à l’aller. Sur le coup, on ne réalise pas et on l’a quand même, vraiment amer. Le guide s’est clairement fait du fric sur notre dos, la démarche n’est pas cool, bref. Il nous faudra un petit moment pour arrêter de ruminer et se concentrer sur la suite. Un conseil donc, il est toujours plus prudent de demander combien ça va te couter avant de t’engouffrer dans une bagnole au pare-brise pété. C’est peut-être 5 minutes après avoir poussé la grande porte verte de la Central Guesthouse que Kéké arrive. Nous sommes sur le cul… on ne donnait pas cher de sa tentative de stop dans la mesure où c’est une pratique plutôt méconnue de lever le pouce en bord de route. Il s’est fait prendre sur l’axe principal, dans un 4×4 tout confort qui allait l’amener directement à Kochkor.

On bulle et on fait un apéro à la guesthouse avant d’aller au resto d’à côté. Jennifer veut bien continuer un bout de chemin avec nous et prendra part à la rando de deux jours qu’on va faire avec Marie avant de retourner sur Bishkek. Chouette soirée.

Dépenses du jour :

  • Trek à cheval sur trois jours, ça comprend le cheval + guide + les deux nuits en yourte et les repas : 80 euros par personne. Le tarif est dégressif en fonction des participants. Whatsapp de Timur (parle anglais et très chouette type !) : +996 553 223 288
  • Le taxi le plus cher du Kirgi : 10 000 soms pour rejoindre Kochkor depuis Kyzart.
  • Grande princesse, j’ai payé mon apéro : 400 soms
  • Resto du soir : lagman again, j’ai plus d’intestins – 183 soms

Samedi 4 septembre 2021

Le réveil se fait en douceur. Nous faisons nos adieux à Hot Kim et nous nous rendons en taxi jusqu’au point de départ de la randonnée, dans le village de Bolchevik (ou Isakiev).

Je ne me lasse pas de ces pare-brises cassés…

C’est une randonnée en aller-retour. Le début de la randonnée se fait sous la chaleur et par les pistes. Il semblerait qu’il y ait moins de yourtes que les années précédentes en raison du Covid et de l’afflux moins important de touristes. Il devait y avoir des yourtes au niveau du lac Kol Ukok mais il n’en est rien. La rando se termine pour la journée au niveau des premières yourtes que nous trouvons sur le chemin. Il est aux alentours de 15 heures. Nurjan, la babouchka, si nous pouvons l’appeler comme cela nous demande d’aller remplir les bombonnes d’eau à la rivière en contre bas. Elles sont à sec. A notre tour de buller au niveau de la rivière en bas de la yourte. On vient y prendre le goûter. La fille de Nurjan me demande mon chargeur externe pour recharger son téléphone. Tout le reste de la journée se passe comme ça, quelques pas dehors, la vie de la ferme dans les pâturages. Le soleil qui décline, une lumière fabuleuse.

Tunduk

Nurjan et sa fille amènent les juments pour la traite et font la traite à la main. Je ne me souviens plus si elles sont assises sur un tabouret ou si elles ont les jambes pliées. Tout est fait dehors et les paysans calquent leur rythme sur celui de la journée.

Nurjan nous demande si nous voulons de la viande dans la soupe. Nous lui répondons par un oui. Elle se tourne alors vers le garde-manger à côté de la yourte pour venir y découper quelques lamelles de viande afin d’agrémenter le bouillon du soir.

Nous partagerons la table avec un couple, la fille est asiatique, tirée à quatre épingles et super cool. Elle est hôtesse de l’air. Son mec est polonais je crois.

Les filles dormiront en yourte tandis que je planterais ma tente.

Dépenses du jour :

  • Pain : 100 soms
  • Repas : 400 soms
  • Taxi pour rejoindre le départ de la rando à Isakiev: 400 soms pour 3
  • Courses : 200 soms
  • Petit-déjeuner : 200 soms

Dimanche 5 septembre 2021

Nuit pas ouf. J’ai eu la flipette de me prendre un sabot de cheval dans le pif. Je me pose vraiment la question de savoir si les animaux voient ta tente en pleine nuit ou bien s’ils sont capables de faire comme si de rien était et te piétiner… à méditer.

On essaie de négocier la prise du petit déjeuner un peu plus tôt, mais c’est comme pisser dans un violon… Donc ce sera 8h sans discuter. Il faut dire que nos hôtes sont déjà levés depuis 2 heures pour la traite et tutti quanti. Grosse grosse journée randonnée puisque nous avons pour objectif d’aller jusqu’au lac Kol Tor avant de redescendre dans la vallée. Ça va tirer sur les jambes. Nous partons vers 8h45 en laissant pas mal d’affaires puisque la randonnée est en aller-retour. Nous remontons progressivement la vallée en suivant la rivière. Nous évoluons à travers des paysages lunaires, de nombreux cailloux couleur pierre de lave, ça fait penser à l’Ecosse, la pluie et le vent en moins. Le bruit de l’eau nous évite de trop penser à la chaleur. Nous arrivons à la pointe du Kol Ukok vers 10 heures. C’est magnifique. L’eau scintille, nous nous croyons presque à la mer, idéal pour une pause Snickers.

Kol Ukok

On papote bien avec les filles. On se raconte nos histoires de cœur, nos galères de boulot, nos vies. Le courant passe bien !  Nous suivons la rive droite du lac et nous avons bien la confirmation qu’aucune yourte n’est installée cette année. Nous arrivons à un bras de rivière et prenons à droite, direction la big montagne ! Nous marchons parmi les yacks, les vaches et les chevaux. Temps impeccable, pas un nuage. On grimpe deux espèces de mur ; le premier cache une prairie, le second le lac Kol Tor avec sa plage de sable à 3500 mètres d’altitude et son eau turquoise. C’est profondément intime et splendide et ça valait vraiment le coup de monter jusqu’ici. On fait la pause déj’ avec ce décor, on bulle, on contemple, on s’autorise une micro-sieste et on reprend des forces avant d’entamer les 20 bornes de descente, outch !

Kol Tor

14 heures, c’est parti mon kiki comme nous a scandé Timur les jours précédents. C’est loooong. Nous faisons une pause au niveau du lac Kol Ukok et nous passons directement en plein milieu de vallée au lieu de prendre le sentier qui contourne et que nous avons pris le matin même.

Nous récupérons nos sacs à la yourte, il est quelque chose comme 17 heures et ce n’est pas fini, il nous reste 10 bornes. J’essaie de tuer l’ennui en mettant de la musique lorsque le réseau est sympa avec nous, Marie appelle ses parents, Jennifer est derrière. 19h30, nous sommes en bas mais loin d’être arrivées à destination puisqu’il faut rejoindre le village de Bolchevik avant de rejoindre encore Kochkor. Nous voyons une voiture partir et rejoindre probablement ce village, soulevant dans le même temps la poussière. Mais là, et c’est toujours les plans débrouille du Kirghizistan, il y a toujours une solution. En l’occurrence pour notre cas, des rabatteurs efficaces qui nous ont repérés depuis la dernière descente, puisque nous sommes complètement à découvert. Nous avions pour ambition de toquer à la porte de la maison en bas de la descente. C’est la maison qui bien à nous ou plutôt sa propriétaire. Un type attend dehors et nous propose de nous ramener. Une femme sort de la maison nous propose de nous ramener à Kochkor pour 500 soms et de venir chez elle prendre le thé. On comprend que nous sommes courtisés et préférerons gagner la maison. Nous devinons que la femme se fait traiter de noms d’oiseaux, puisqu’elle a piqué « le client » au type dehors devant sa voiture. Pas commode la dame. La femme prétexte que l’homme est ivre (je n’y crois pas trop hein, le mensonge est facile pour quelques centaines de soms) et nous fait rentrer dans sa demeure. Elle fait chauffer le thé. La cuisine est petite et remplie de plantes vertes. La femme est en train de préparer du coulis de tomates. On reste une bonne dizaine de minutes à faire notre retour au calme et à souffler un peu tandis que l’obscurité s’installe. Le thé est fumant et nous requinque. Son mari arrive. Nous reprenons du thé. Il semble attaché à la langue kirghize. Lorsqu’on dit spasibo (merci en russe), il nous reprend en kirghize rakhmat. Il nous parle aussi de la religion musulmane et passe ses mains sur son visage, je fais la même chose car j’ai l’impression que c’est ce que la correction nous demande de faire. J’ai l’impression que ça le fait plus sourire qu’autre chose. Bref. Nous claquons la portière pour rentrer dans une énième voiture au pare-brise pété. Il nous fait le coup de la panne au milieu du trajet. Les filles à l’arrière ne sont pas du tout rassurées et n’essaient pas de voir si les portières à l’arrière sont verrouillées. Nous arrivons vers 20h15 à Kochkor. Il allait presque oublier son billet en nous déposant. Un resto et au lit !

Dépenses du jour :

  • Guesthouse, toujours la même à Kochkor : 600 soms
  • Taxi de la patronne de la maison : 500 soms à 3

Lundi 6 septembre 2021

Aujourd’hui c’est lundi et nous quittons définitivement Kochkor après avoir arpenté en long en large et en travers son avenue principale pour aller plus au sud, à Naryn. Avec Marie, nous faisons nos adieux à Jennifer qui a une petite forme et on se dirige vers la gare routière pour choper un taxi partagé. Nous partons assez rapidement. Le trajet dure quelque chose comme 2 heures. L’arrivée à Naryn est assez impressionnante. En effet, on quitte Kochkor, ville plutôt grise, où il fait un peu frais pour la chaleur ardente et les couleurs rougeoyantes de Naryn. Nous y parvenons à travers une route creusée dans la roche rouge ardente. C’est très sec. Ça donne une impression de désolation, une ville plantée au milieu de nulle part, dans un désert. La ville n’est pas attrayante et j’ai pas l’impression que l’architecture soviétique ait été conçue pour cela. Une artère principale où les kirghizes roulent comme des tocards et basta ! Nous faisons un tour au CBT pour prendre quelques infos, nous trouvons une tchaikaina pour manger et rejoignons ensuite une guesthouse où se trouve un autre français, Olivier, la vingtaine qui fait son expériment, un truc d’école d’ingé où tu dois découvrir la vie pendant 4 mois. Il est bloqué à Naryn le temps de recevoir son permis pour rejoindre le lac Kel Suu à pied. Nous faisons un petit tour à pied de la ville, vite fait le tour avant de faire l’apéro. Nous mangerons dans un resto proposant des woks beaucoup trop épicé pour nos palais d’occidentaux…les estomacs de Marie et du mien s’en souviendront…

Dépenses du jour :

  • Repas du midi : surement 300 soms pour une poignée de nouilles !
  • Repas chaud caliente du soir : 400 soms
  • Courses : oui surement j’ai dû payer un truc

Mardi 7 septembre 2021

La digestion du wok de la veille est bien compliquée, mon corps me le fait bien comprendre. Tolérance zéro pour manger quoi que ce soit de trop relevé. Nous prenons un taxi pour Tash Rabat, 1h30 de route.

Le mec conduit bien et nous sommes sur des plateaux, à nous approcher discrètement de la frontière chinoise, j’ai du mal à réaliser que je suis en voiture à quelques dizaines de kilomètres de la Chine, c’est ooooouuuf ! Nous arrivons vers 11 heures. Nous faisons un rapide tour du Caravanserail de Tash Rabat avant de prendre le départ de la rando pour rejoindre le Panda Pass (pas le KungFu Panda Pass) qui permet d’avoir une vue sur le lac Chatyr Kul.

Caravanserail de Tash Rabat

Très rapidement, Marie ne se sent pas forme et préfère faire demi-tour. Avec Olivier, on poursuit. Sympa et cool le garçon. Nous suivons le cours d’eau en vallée, c’est joli et monotone. On grimpe pour surplomber la rivière et suivre ses affluents. Rencontre avec des chevaux et pause lunch avant que ça grimpe plus sec. Nous nous enfonçons dans la vallée, face à nous, des montagnes massives, que de la caillasse, tu ne peux pas y échapper. En même temps, on est déjà à 3000 mètres. Ca fait pas semblant de monter et on sent qu’on gagne quelques mètres de dénivelé côté respiration. Le rythme est plus lent.

Bon, c’était juste en face qu’il fallait marcher, pas sur ce sentier!

Allez, nous y sommes presque, à nous la vue plongeante sur le lac et la Chine ! On arrive en haut, putain, y a rien, que de la steppe chinoise et d’autres sommets… putain les nuls, on s’est trompés au moment de bifurquer ! On apprécie quand même le panorama avant de redescendre un peu bredouilles.

On est ok, il n’y a aucun lac à l’horizon!

Nous croisons au pied du col un paysan qui monte à cheval. Il a des produits laitiers attachés à ces sacoches. Il semble content de voir des touristes et on essaie d’échanger quelques mots, de faire quelques gestes mais c’est compliqué. Retour à 17h30 au caravansérail. Marie nous chambre gentiment.

Même une photo crade comme ça, ça passe tellement c’est beau!

Retour à Naryn où on dinera au Nomad Café et où je gouterai mon 1er et unique Brisol (omelette avec légumes ou viande dedans avec un décor mayo ketchup du tonnerre sur le dessus). Olivier récupèrera son permis à ce moment-là.

Le Brisol

Dépenses du jour :

  • Taxi pour rejoindre Tash Rabat : 25 000 soms à trois aller et retour
  • Diner : 500 soms
  • Nuit à la Datka guest house à Naryn : 900 soms

Mercredi 8 septembre 2021

On prend le petit déj’ et on part de Naryn à 10h pour remonter vers le nord, direction Bishkek. Allez, 5 heures du bus devant nous. Olivier est déjà parti je crois. Le chanceux, nous aurons quelques photos les jours suivants et ça avait l’air vraiment canon le lac Kel Suu ! Digestivement, ce n’est toujours pas l’éclate, je me shoote au coca. Et avec Marie nous avons passé le cap d’être gênées aux toilettes ! La petite pause vers midi sur une erzatz d’aire d’autoroute fait du bien, on recharge les bouteilles de coca et on évite de manger des trucs trop grassouillets ou trop suspect car il nous reste encore du chemin.

Les paysans travaillent les champs sous un soleil de plomb. Puis nous roulons à travers des étendues désertiques puis des champs de maïs et le retour progressif de la civilisation aux abords de la capitale. Nous arrivons avec un petit 36 degrés à Bishkek. Je le sens bien, mon t-shirt est collé au siège du bus, je n’ai pas mis de colle pourtant. Nous prenons un Yandex pour atterrir à la Tunduk Guest house où nous retrouvons déjà Jennifer cool ;). On trempe les pieds dans la piscine, on papote. Jennifer nous raconte ce qu’elle a fait les jours pendant lesquels nous étions, Marie et moi, sur Naryn. Thibault, un français, niçois, est aussi là, nous passerons la soirée tous les quatre. Nous recherchons le fameux Chocos 1, super bar semble-t-il mais on ne le trouvera jamais. Nous nous rabattons sur le resto thaï qui jouxte le Save the Ailes.

Dépenses du jour :

  • Marshrutka Naryn-Bichkek : 350 soms
  • Repas : 500 soms
  • Cidre : 150 soms

Jeudi 9 septembre 2021

Aujourd’hui, c’est le vrai au revoir avec Jennifer puisqu’elle rentre en France le surlendemain. Avec Marie, nous partons pour le Parc Ala Archa, situé à 50 minutes de voiture de la capitale, afin de se frotter à l’Uchitel, un 4000 qui semble accessible. Nous prenons un Yandex. Je n’ai jamais autant pris le taxi qu’au Kirghizistan tellement c’est simple et efficace et puis sans surprise sur le prix à payer quand tu t’apprêtes à sortir de la voiture… et pas cher ! Le décor change, la température aussi. L’air est frais et le style plutôt alpin. Nous retrouvons enfin des arbres, ça fait quelques temps que nous n’en avions pas vu, et ils s’habillent des couleurs automnales, orange, rouge grenat. C’est beau. Je suis ravie de voir que nous marchons sur de vrais sentiers de randonnées et pas sur des larges pistes de 4×4. Ça m’avait manqué. Le bruit de l’eau est toujours là. Nous arrivons sur le Tesphi Plato et rejoignons la cascade qui semble être la ballade dominicale des gens de Bishkek avant que ça monte sec dans la montagne et qu’on bascule de l’autre côté pour admirer des sommets encore plus haut et enneigés.

Nous arrivons au refuge Ratsek vers 15 heures, soleil au rendez-vous et pas une seule tente plantée. Je me laisse convaincre aisément par le prix modique de 500 soms pour prendre un lit au refuge. Autant dans les steppes, les villages, la tendance est clairement kirghize, autant en haute montagne, c’est bourré de russes, exit les visages tannés par le soleil, les chevaux, les yourtes et le kumiss. Même les porteurs qui font l’intendance pour ravitailler les refuges sont russes. Tous les russes ont le matos d’alpinisme et les vêtements qui vont avec. Ça détonne avec les bottes trop grandes du pote à Timur ou du jogging Adidas pour faire des treks à cheval… L’autarcie est totale. Difficile de dire que tu découvres le pays en restant fourré dans les montagnes, entre russes ou occidentaux que ce soit ici où vers le Pic Lénine. Le refuge est à 3400 mètres d’altitude et il est le point de départ de pas mal de belles courses, le Corona en face de nous et pour Marie et moi l’Uchitel (4530 mètres). Un couple franco-américain est là, Ashley et Quentin. Ashley est très solaire. Ils ont fait un périple en vélo France – Tachkent avant d’être bloqué par le Covid et ils sont au Kirghizistan depuis le mois de mars. Ils avaient entrepris de traverser le pays depuis Osh au sud pour rejoindre Karakol au nord et ils y sont parvenus ! Ils font une pause alpinisme avant de retourner en France début octobre. Voilà le lien de leur blog https://www.enselle.voyage/the-voyage . Ils ont également une page Insta bien entendu. Et le truc le plus énorme, c’est que Marie m’avait parlé de leur voyage quelques jours avant. Le monde est petit au Kirghizistan 😉 . Du coup, on a pris l’apéro avec eux, un shoot de vodka et du fromage filé dont le nom m’échappe (chichli un truc comme ça). Il y a aussi Katia, une française qui est là pour faire l’ascension du Corona. Elle a l’air une peu solitaire et chouette. Elle est avec la seule guide kirghize du pays, et c’est une russe, bizarre. ;). Elle a pas mal bougé dans divers pays pour faire des sommets. Elle a d’ailleurs rencontré sa guide lors d’un précédent trip lorsqu’elle a fait l’Elbrouz. L’ambiance est très russe au refuge, ça parle russe, ça reste entre eux. La salle qui fait accueil/bar/salle à manger est très petite. A l’heure du repas, on tente de taper l’incruste dans cette salle (dehors il commence à peler quand même un peu), ça joue de la guitare et aucun russe ne bouge pour nous faire une petite place et je n’ose pas mettre un coup de cul histoire de dire « hey les gars, on peut se serrer ! ». Après cet échec cuisant, on mangera donc rapidement dehors. Dans notre déception gustative, la vue restera plus attrayante que les thermos d’eau chaude et toutes les provisions stockées : un 360° de pics enneigés et de glaciers. Presque la même vue quand tu gagnes les toilettes du refuge, tu n’as pas intérêt à glisser. A côté du refuge, il y a des petites huttes, construites en plaques d’acier. Ces huttes appartiennent aux différents guides qui proposent des courses dans le massif. Elles servent à stocker le matériel et à prendre le repas.

Dépenses du jour :

  • Taxi Yandex pour rejoindre Ala Archa : 10 000 soms à deux
  • Droit d’entrée parc Ala Archa : 500 soms
  • Nuit au refuge : 500 soms

Vendredi 10 septembre 2021

Le temps est conforme aux prévisions russes de la veille ; le temps est très couvert et c’est la purée de pois aujourd’hui. Il se met à neiger. Nous tentons de grimper un peu. Les nuages qui viennent de la vallée remplissent instantanément le lieu et puis ça redescend et puis ça remonte. Au bout de 45 minutes, la neige s’intensifie et le vent se lève. Ok, c’est quand même plus prudent de redescendre.

Mon plan initial était de redescendre dans la vallée pour y dormir et faire un sommet moins haut le lendemain mais il semblerait que demain le temps soit plus clément. Et sinon en bas il pleut et je risque de trouver le temps long, tout l’après-midi dans la tente. Je décide donc de rester une nuit supplémentaire au refuge et de buller. Marie elle redescend dans le brouillard et la neige vers 10h30. Avec Katia, nous nous retrouvons toutes les deux dans le dortoir. Nous tuons le temps à parler de tout, de rien. Je m’engage dans une bonne grosse sieste de 2 heures puisqu’il n’y a que ça à faire. Dehors il neige et le rapport au temps prend une autre dimension. Nous prenons le thé dans la minuscule salle comme en mangeant les bonbons disposés sur la table.

Le soir, nous nous extasions du paysage, il est annoncé du beau temps demain. Ça se découvre déjà.

Dépenses du jour :

  • Une nuit au refuge : 500 soms
  • Tchaï du refuge : 100 soms

Samedi 11 septembre 2021

Le réveil sonne beaucoup trop tôt. Il doit être quelque chose comme 6h45. Katia est déjà levée depuis un petit bout de temps. Cette nuit, j’ai bien senti que le dortoir était quasi vide. J’ai conservé mon legging et ma couche technique du haut. Tu le sens quand tu es seulement deux dans le dortoir avec une porte en plastique et qu’il neige dehors ! Le temps se lève, il fait froid. A 8h, je salue Katia qui va grimper pour rejoindre un refuge plus haut avant de tenter l’ascension du Corona les jours suivants. Je prends son contact (je m’apercevrais le lendemain que je n’ai pas appuyé sur la fonction enregistrer du téléphone). Je décolle. Je refais tranquillement le même chemin fait la veille avec Marie, le neige en plus. La neige est fraiche. C’est vierge, pur, quelques empreintes d’animaux, d’oiseaux. Je me sens presque pionnière d’être la 1ere à partir seule ce matin et à fouler cette neige. Je me sens très heureuse et le panorama est juste dinguissime (oui, oui, ça se dit). Le soleil éclaire progressivement l’ouest et dévoile au fur et à mesure les cimes et glaciers enneigés. Au loin, l’aperçois le groupe d’alpinistes russes qui évolue à côté de la moraine. Ils sont minuscules de là où je suis. Je me sens hyper bien et vivante. J’arrive au petit plateau, RAS côté mal d’altitude. Je me sens bien, par contre beaucoup moins pour avancer. Plus j’avance, plus il y a de la neige et la sente en est bien sûr recouverte.

Là, ça a commencé à être compliqué!

Difficile de distinguer là où il faut passer, surtout avec la masse de cailloux qu’il y a. Je jardine, je mets un temps extrêmement long à enjamber les rochers et à deviner quelle est la stabilité des roches sur lesquelles je prends appui. 10h30, je n’ai beaucoup avancé et il m’en reste un sacré bout. A 4055 mètres, je décide de renoncer et rebrousser chemin. Sur la descente, je croise le seul type qui a osé dormir sous sa tente et qui n’est pas très causant. Il est israélien. Je lui demande s’il faut l’Uchitel (en même temps, je ne vois pas ce qu’il pourrait faire d’autre, c’était histoire de lancer la conversation). Il acquiesce. Je lui dis que c’est compliqué d’évoluer un peu plus haut et que je n’ai pas pu atteindre le sommet. Il va quand même essayer même s’il a passé une nuit pourrie. Je redescends, contente et la neige fond déjà. J’arrive vers 12h au refuge qui semble bien animé. Il y a un groupe de grimpeurs et pas mal de russes qui arrivent de façon égrenée depuis la vallée. J’arrive à 15 heures en bas. Je marche et je commence à faire du stop. Wala, je crois en moi. Je marche, ça ne prend pas tout de suite. Au bout d’une dizaine de minutes, une voiture s’arrête : des russkoffs.  Ce sont des jeunes. Le jeune homme est au volant, la fille est assise derrière avec leur nourrisson. Ils retournent à Bichkek, parfait ! Nous discutons via Google Translate. Le jeune homme connait quelques mots de français « comme-ci, comme-ça » « spaghettis » (non mais d’où spaghettis est un mot français, gros lol). Il est ingénieur pour l’armée russe, basée au Kirghizistan et sa femme/copine est mère au foyer. Ils sont très sympa et content de me ramener. Je suppose même qu’ils aient volontairement fait un détour en hyper centre de la capitale pour me déposer.

Le couple de russes qui m’a pris en stop

Je rejoins la guesthouse et retrouve Marie. Pour son dernier soir, on se fera un verre dans un bar avec un rooftop avec une ambiance des plus kitsh à la table d’â côté et on bougera pour aller se faire le japonais tant recommandé, le Furusato.

Ambiance bling bling gling gling

Dépenses du jour :

  • Mojito à Bishkek : pas cher, on aura pu en prendre un 2ème
  • Furusato – resto japonais : assez onéreux (prix occidentaux) pour pas reprendre une tournée de ramen !

Dimanche 12 septembre 2021

NB (notabene comme on dit en latin) : Je n’ai pas fait trop de planification pour cette dernière semaine. La seule chose dont j’étais sûre, c’est que je souhaitais me rendre dans la chaine du Pamir à proximité du Pic Lénine. Mon manque d’organisation sur ces derniers jours m’a fait « perdre » une journée car les marshrutkas à destination de ce bout du monde kirghize (et encore, ce n’est pas la région de Batken) partent vers 14h. J’aurais pu partir directement le dimanche en arrivant, ça m’aurait quand même laissé du temps pour visiter Osh le matin, y compris au retour puisque la marshrutka quotidienne part à 8h du matin de Sary Mogul.

Le réveil de 5h du mat’ pique. Je rejoins l’aéroport. J’y suis à 6h, laaaarge. Ce n’est que 15 min avant l’embarquement qu’on peut s’enregistrer. J’avais une petite appréhension (bon, ok, je refaisais le film de toute ma vie dans ma tête) sachant que les compagnies kirghizes sont sur liste noire mais ça passe. 40 min de chaines de montagnes qui défilent. Le pilote oublie qu’il peut freiner à l’atterrissage, petit coup de flip lorsque tu vois que la piste défile beaucoup trop et qu’un silence de plomb s’installe parmi les passagers. Arrivée à Osh, je partage un taxi avec un couple de ricains. Des blogueurs, Laura et Mike (Minnesota), perche et Go Pro, je suis sûrement sur leur vidéo de vacances, c’est gênant. Je me fais déposer devant le bazar. J’erre dans le bazar, je suis un peu crevée. Les étals sont soignés, c’est joli. Je mange un shawarma avant de faire une après-midi marche pour voir le trône de Salomon, lieu de pèlerinage pour les musulmans. Il fait un bon gros caniard et les arbres n’existent pas.

C’est secos Osh!

J’arpente la ville avant de rentrer à l’auberge.

La gamine fait de la planche à roulettes sur une 4 voies en direction de la statue de Lénine, OKLM.

Un groupe de jeunes alpinistes polonais, russes est là. Je fais une petite visio avec la mi-fa sur la terrasse. Ça fait du bien de les voir. Mon père n’a pas compris que le mec qu’il voit à l’écran ben c’est lui. Et il m’aime bien mais pas autant que le départ du Grand Prix d’Italie de Formule 1 (il s’en ballec’ !). Véridique, mon père s’est barré de sa chaise pour rejoindre le canapé en disant « On t’aime mais là, il y a le départ du Grand Prix. ». J’explose de rire et mon frère et ma mère aussi. Naturel le Gérard ! Pipo est aussi à l’écran. Après ce moment, je sors manger deux parts de pizza et une salade insipides dans le troquet le plus proche de la guesthouse.

Dépenses du jour :

  • un aller-retour Bishkek Osh 60 00 soms (ça vaut le coup, ça te coute deux fois moins cher un marshrutka mais l’aller dure 12 heures contre 40 min de vol)
  • un shawarma : 140 soms
  • musée trône de Salomon : 200 soms
  • pizza beurk : 215 soms

Lundi 13 septembre

La nuit a été bonne. Petit déjeuner avalé et je retourne au bazar que j’ai survolé la veille. Je jette un œil aux marshrutkas. Un type m’alpague et veut me faire payer 500 soms dès 10h du matin. Je prends le soin de lui traduire que ça fait un mois que je suis dans le pays et que je sais comment ça marche. Il rit, on fait un selfie et ce sera 300 soms comme prévu. Je zone littéralement dans le bazar dont je n’avais vu qu’une infime partie, je ne sais pas où je vais. Je comprends mieux après pourquoi il s’agit d’un des plus grand bazar d’Asie centrale. Il y a des allées de partout. L’odeur de viande passée de quelques jours et restant au soleil te permet de marcher beaucoup plus vite afin d’éviter de tourner de l’œil.

Des babouchkas, assises sur des cageots vendent des pâtes, l’odeur du pain chaud, les tchaikainas sont animées, les chachlyks fumantes, les gens se bousculent, il y a des chaussettes avec des sandales, des foulards, des porteurs qui hèlent « Osh, osh », des passants qui s’installent pour manger une glace.

M’acquittant de quelques soms, je continue de remplir mon sac de souvenirs et je rejoins la marshrutka. 14h15, nous démarrons. Nous avons la chance de ne pas être le bus d’à côté qui est en panne.

Osh marshrutka station

Les alentours de Osh sont arides, le désert ouzbèk n’est pas si loin. Les champs sont grillés. Puis le décor change sur le début de la Pamir Highway. De plus en plus de vallons, de montagnes, des steppes, des cols à 3500, une route impressionnante, des lacets, un conducteur prudent, des chevaux sur la route, des moutons aussi. Puis en sortie de virage, une fois un col passé, ça devient complètement minéral, c’est ouf. Nous descendons tranquillement, jusqu’à Sary Tash puis nous poursuivons par la route parallèle aux montagnes du Pamir. C’est surréaliste, c’est oufissime. Le blanc qui habille la chaine semble pur. Le décor paraît irréel. C’est tellement beau, j’ai le nez collé à la vitre. C’est majestueux. Le temps semble être suspendu.

Les montagnes du Pamir: BOOOOM

A 18 heures, j’arrive à Sary Mogul. C’est digne d’une carte postale, vraiment. Les couleurs sont justes dingues. Je rejoins le CBT et, demande des infos aux habitants car le bureau est fermé.

Quelques minutes plus tard, une Jeep de l’époque soviétique me conduit jusqu’au lac Tulpar. Je crois que c’est le moment du voyage où je ressentirais la plus vive émotion. 45 minutes de bonheur et d’extase. Un homme aux traits marqués, bonnet sur la tête accompagné de son fils est aux commandes. Le garçon me sert la main ; je trouve le moment hyper solennel. Je monte donc dans cette Jeep. Ils me recommandent de passer devant pour éviter les secousses, mais je m’en fiche un peu, je suis bien à l’arrière.

Je suis sans voix. Je souris de façon béate au gamin qui est passager à l’avant et me retourne un sourire avant de tourner la tête. Je regarde devant, derrière. Devant, des montagnes rouges, le soleil qui descend et cette masse énorme de blanc, l’odeur de l’essence, les couleurs chaudes, ma joie. Nous filons en leur direction dans un vacarme incroyable. Derrière, la poussière vole, s’envole, tourbillone, virevolte. Elle s’infiltre avec parcimonie dans l’habitacle.

Nous faisons une pause pour remettre du carburant ou du liquide de refroidissement, je ne saurais dire. J’arrive vers 19h15 au lac où je suis chaleureusement accueillie par la babouchka. Il fait très frais. Je rejoins ma yourte avant de rejoindre le lieu du diner. Avec moi, deux gars, un suisse et un américain. Ils sont tous les deux expatriés. Je demande au Suisse ce qu’il fait ici. Il me dit qu’il voulait faire autre chose que de devenir vieux et riche en Suisse (grosse claque de passer de la Suisse au Kirghizistan, balèze !). Il a monté un business dans le tourisme éco responsable avec son pote américain et veulent proposer des circuits en moto. Ils sont d’ailleurs en trip moto sur trois jours et j’ai le droit à quelques photos. J’en profite pour leur parler de la Silk Road Mountain Race, en leur parlant du concept, que ça vient juste de se terminer et je leur montre l’itinéraire. Ils n’en reviennent pas et n’ont jamais entendu parler de l’événement (ben les gars, lâchez la moto et montez sur vot’ biclou !). Ils disparaissent et je termine seule mon ourdac. J’essaie de faire comprendre à la babouchka en soufflant, comment on dit « vent » en kirghize. Elle me répond par un chamal. Je regagne ma yourte où la magie nomade fait que le poêle de la yourte s’allume comme par enchantement.

Dépenses :

  • chambre à Osh dans la guesthouse (à côté d’un ciné et du parc Alisher Navoi) : 700 soms
  • samossas du midi dans une tchaikaina proche du bazar : 60 soms
  • tchai :5 soms
  • marshrutka Osh-Sary Mogul : 300 soms
  • taxi pour rejoindre Tulpar Lake : 1600 soms

Mardi 14 septembre 2021

J’ai eu froid cette nuit malgré le poêle allumé et même avec les deux couvertures aussi lourdes que des parpaings. Petit déjeuner avec les deux motards et je prépare mes affaires. J’en laisse dans la yourte afin de pouvoir les récupérer sur le retour. Le pic Lénine est bien là, dans un blanc surréaliste. Départ à 9h. Je mets les gants de ski mais très rapidement je me retrouve en t-shirt tellement il fait bon. Je rattrape deux russes qui étaient dans la dernière yourte. Ils me disent qu’ils vont faire la moitié d’un pic aujourd’hui (objectif chelou quand tu y penses !). Ma casquette acheté 350 soms au bazar est plutôt un achat utile même si je n’ai aucun style. Je suis d’humeur guillerette. Pas mal de choses passent dans ma tête, toujours les mêmes. Je croise des yacks, petite ascension et en 2h30 pouf, j’atteins le Traveller’s Pass après avoir croisé à nouveau deux russes.

Je suis contente mais je ne ressens pas du tout les mêmes émotions que lors du trajet en Jeep de la veille. Je fais une pause bichocos avant de redescendre. Je marche à bonne allure et j’en profite pour mettre un podcast « le cœur sur la table – la communication dans la relation hommes-femmes » vaste sujet. 13h30, j’arrive au camp de yourte pour le lunch. Je rassemble mes affaires et à 14h15, c’est parti pour me faire tout le trajet fait en Jeep, à pieds… Je me dis que dès que j’atteins les 30 kms, je m’autorise à appeler un taxi. Un chien du camp me suit, le soleil est au zénith. Je me retourne à plusieurs reprises pour contempler les montagnes. Je prends contact avec le taxi mais au même moment un 4×4 s’arrête. Je monte avec lui en étant certaine d’arriver à destination. J’envoie un message au fameux chauffeur de Jeep. J’ai l’impression qu’il me fait une entourloupe en me disant qu’il est sur le chemin. Nous n’avons croisé personne et il y a une seule route. Le chauffeur en 4×4 s’arrêtera même auprès d’une voiture pour demander au conducteur s’il a vu un mec en Jeep passer. Le mec est dans le business de tourisme de yourtes et de guesthouse. Il affiche complet ce soir. J’ai l’impression que le stop au Kirghizistan n’existe pas vraiment et je me sens obligé de lui filer 500 soms (j’ai fait l’américaine) même si j’ai l’impression qu’il s’en fiche complètement. Il a l’air posé et ne semble pas en avoir besoin.

Non, non, c’est bien un chien !

Je me dirige vers la Tilek guesthouse. Tilek m’aborde dans le village. Je ne sais pas si c’est la fatigue mais je suis sur la défensive, pensant que c’est quelqu’un qui veut m’aborder pour me souler. Après coup, je me sens un peu ridicule. J’organise ma rando pour demain, fais appel à un taxi pour me faire déposer.

Je contacte entre temps Olivier qui devait se rendre aussi dans le coin, mais étant plus organisé que moi sur son périple, on ne se recroisera pas. Je ne me sens pas hyper à l’aise dans la guesthouse. L’ambiance n’est pas hyper chaleureuse. Tant pis, c’est pour deux nuits seulement.

Dépenses du jour :

  • nuit en yourte : 1500 soms

Mercredi 15 septembre 2021

Départ le matin 8h pour s’enfoncer dans la vallée de Alay. Mon idée de base à propos de cette vallée, si je n’avais pas fait la rencontre de Marie et Jennifer, c’était de faire un trek sur plusieurs jours, face au Lénine. Ces rencontres heureuses ont modifié un peu mes plans alors on s’adapte. Nous roulons 1 heures et faisons 15 kms pour que le chauffeur me dépose au pied de la rando. L’idée est de faire un aller-retour à défaut de ne pas avoir optimisé mon temps. La rando me fait remonter la rivière un peu en dévers, c’est assez casse-gueule. Je galère pas mal à trouver mes appuis. Une fois la rivière quittée, ça monte un peu pour redescendre en fond de vallée où c’est presque sec. Le ruisseau s’est transformé en mince filet d’eau avant de ne complètement plus exister. J’évolue ensuite dans les cailloux. D’un côté, de la roche hyper friable, semblable à de l’ardoise. De l’autre, des cailloux, comme de la castine. Ca redescend et au loin j’aperçois le sentier qui mène au Sary Mogul pass. Purée c’est loin encore ! Je zigzague dans les ardoises avant de surplomber le lac Beshkol. Il est presque midi. Et je n’ai aucune envie, motivation d’aller jusqu’au pass en fait et c’est surtout que niveau timing, ça semble hyper serré. Du coup, je vais prendre le temps de buller au bord du lac avant de redescendre.

L’image des cimes enneigées reste dingue. 16h30, j’arrive. Le chauffeur dort dans la Jeep. Le trajet du retour est tout aussi foufou tant les couleurs sont franches entre le bleu vif de la rivière, le blanc immaculé de la montagne. Je rentre à la guesthouse. Je n’ai pas trop accroché avec Tilek et je m’aperçois qu’il me manque 5000 soms parmi le liquide que j’ai retiré. Faut que je fouille dans mes affaires. Je me suis fait tirer mes thunes soit à la guesthouse, soit à la yourte ou bien je les ai perdus. Mais j’ai du mal à adhérer à cette dernière version puisque j’ai retiré mon liquide avant de prendre la marshrutka, j’ai pas beaucoup bougé. Je suis un peu dég’. 

Dépenses du jour :

  • taxi : 3000 soms (l’équivalent d’un bras en diamants)
  • 2 nuits à la Tilek guesthouse + repas et petit-déjeuner: 26000 soms

Jeudi 16 septembre 2021

7h10, la marshrutka est là. Je suis la 1ere à monter. Je me dis que je suis seule de Sary-Mogul à me rendre à Osh, bizarre ! En fait, on va passer près d’1h30 à récupérer les habitants de Sary-Mogul et du village d’à côté devant leur porte, au pied de l’escalier, sans mentir ! Nous nous arrêtons pour une pause gerbi-pipi en plein milieu de nulle part. Sur le siège de derrière, un jeune garçon chante tout doucement en kirghize. Les femmes ont toutes des boucles d’oreilles et portent le foulard. Les gens trimballent tout un tas de trucs dans des poches plastiques, des patates, du lait, etc.

Sur la Pamir Highway, tu peux croiser quelques moutons…

Il est 12h30 lorsqu’on arrivent à Osh. Je vais dans une tchaikaina me poser pour manger. Je n’ai aucune idée de ce que j’ai fait le reste de l’aprèm puisque je n’ai pris aucune note à partir de là. Je me souviens avoir bouquiné, avoir passé à observer deux couples mangeant un kebab dans le parc puis faisant un tour du parc avec une espèce de bicyclette où tu en as deux qui pédalent et les autres qui regardent (comme un pédalo mais pour le vélo tu vois).

Dépenses du jour :

  • Le trajet retour Sary Mogul – Osh : 400 soms (oui, le retour est plus cher que l’aller)
  • Repas du midi : 200 soms
  • Chambre dans une auberge de jeunesse : 700 soms

Vendredi 17 septembre 2021

Vol retour pour Bichkek tôt le matin. Panne de bus sur la voie rapide menant à la capitale. Nous sommes en rade et je récupère un bus de ville pour atteindre le centre-ville.

Bishkek

Je me ballade longuement dans la capitale. Je m’attable chez Faizal, resto recommandé où je mangerai comme une reine. Je partage ma table avec un kirghize avec qui je discute un peu. L’ambiance y est très familiale et c’est super bon!

Mon dernier plov, solide!

Je traine dans les parcs, les magasins, déguste ma 1ere et dernière glace, fais quelques achats, passe devant le palais présidentiel (white house).

Toi aussi tu as une confiance limitée dans cette ambulance?
Le grand Manas, héros kirghize
Bazar de Bishkek
Street art kirghize
Un mélange de chat et de pierre feuille ciseaux, j’ai pas trop compris le concept!

Dépenses :

  • Taxi pour rejoindre Osh airport : 200 soms
  • Marshrutka pour rejoindre Bishkek centrer : 200 soms mais casse moteur sur la voie rapide.
  • Repas chez Faizal : 400 soms j’aurais dit
  • Taxi pour rejoindre l’aéroport le soir : 600 soms

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